01/03/2017

Quand l'orgueil prend le pas (élections françaises)

Quand l’orgueil prend le pas – l’édito d’Antoine Nouis
1 MARS 2017 Antoine Nouis 0

Les candidats à l’élection présidentielle semblent sacrifier leur idéal à leur ambition personnelle.

Il y a quelques semaines, Réforme* publiait un article sur l’histoire de Jephté, un Juge du Premier Testament. Avant de partir au combat, il fait le vœu d’offrir en sacrifice la première personne qu’il croisera en rentrant dans son camp si Dieu lui accorde la victoire. Il est vainqueur et la première personne qu’il croise est… sa fille bien-aimée. Lié par son engagement, il va la sacrifier alors qu’il aurait pu être relevé de son vœu imprudent par le grand prêtre. Un commentaire raconte qu’il estimait que c’était au prêtre de venir le trouver, alors que le prêtre pensait l’inverse. Enfermés dans leur orgueil, aucun des deux n’a voulu céder, et la fille a été sacrifiée. Cette histoire me fait penser aux relations entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Ils sont politiquement proches et, ensemble, ils auraient des chances d’être au second tour, et même de l’emporter, mais ils ne s’uniront pas, car chacun pense que c’est à l’autre de se désister. Si j’étais farouchement de gauche, je serais furieux contre ces candidats qui sacrifient leur idéal sur l’autel de leurs ambitions.

Si j’étais résolument libéral, je serais furieux contre François Fillon. Il prétend détenir sa légitimité du résultat des primaires de la droite et du centre, alors que les électeurs ne l’auraient jamais désigné s’ils avaient alors su ce qu’ils savent aujourd’hui. Sa capacité de ressembler au-delà de son camp est compromise. Le plus sage pour les idées qu’il défend serait qu’il se retire pour laisser la place à un, une, autre, mais il préfère couler avec le navire que de le voir poursuivre sans lui.

Je ne suis ni farouchement de gauche ni résolument libéral, j’essaye modestement d’être théologien. Dans ce registre, le but de la politique n’est pas d’imposer le bien, mais de mettre des barrières à la puissance du mal et d’apporter un peu plus de justice. C’est à partir de ce critère que je choisirai mon bulletin de vote. Le projet peut paraître modeste, mais notre monde a tellement besoin de justice.

 

*= REFORME est le journal hebdomadaire des Protestants Réformés de France

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