23/12/2016

"Ne nous laissons pas intimider", la réponse d'un pasteur berlinois à la terreur

Marco Pedroli, pasteur de la communauté francophone de Berlin, réagit, dans ce texte, à l'attentat commis lundi 19 décembre sur un marché de Noël de la capitale allemande.

Lorsque cela arrive chez nous, on se sent comme violé, dénudé, impuissant. Jusqu’à présent cela se passait au loin, ailleurs. Dans une autre ville, dans un autre pays, dans des circonstances bien différentes des nôtres. Et voilà que cela a eu lieu devant notre porte, devant une église, un jour, un lieu symbolique. À l’église du Souvenir. Nous nous sentons touchés dans notre chair, dans notre cœur, dans notre intimité.

La tristesse domine bien sûr et nos pensées vont en tout premier lieu aux personnes décédées, à leur famille, à tous ces projets de vie qui prennent fin, là, sans raison. Nous en sommes consternés, figés et abattus. C’est incompréhensible. Quelle douleur, quel malheur ! Comment pourrons-nous fêter Noël cette année ?

Puis il y a la peur face à cette folie meurtrière qui pourrait frapper demain encore au cœur de notre cité. Mais est-ce vraiment une folie, ou un calcul démoniaque qui nous laisse démunis, nus et vulnérables. La révolte enfin, tous les "pourquoi", les cris d’impuissance et d’incompréhension, face à la mort de ces innocents, qui étaient là par hasard et qui n’avaient aucune raison de mourir en ce 19 décembre 2016.

 

La réponse de Noël

 

Les réactions n’ont pas tardé. Entre ceux qui savent pourquoi cela s’est passé et ceux qui savent comment éviter que cela se répète, ceux qui veulent se débarrasser des réfugiés et ceux qui accusent la chancelière et sa générosité, ceux qui prônent des solutions simplistes et sécuritaires et ceux qui pensent que c’est par hasard… mais personne n’apaisera la douleur des proches.

Malgré tout cela, ne nous laissons pas intimider. Ni par ceux qui commettent des attentats, ni par ceux qui prônent une sécurité à étouffer la vie. Berlin doit rester une ville ouverte, où peuvent vivre ensemble des hommes, des femmes de toutes provenances, de toutes religions, de toutes opinions. Ce que la ville a acquis en liberté, la qualité de la cohabitation et cette possibilité offerte à chacun de vivre selon sa philosophie, son orientation sexuelle, sa religion, son rythme doivent rester plus forts que la menace, la terreur et la violence. Ne permettons pas que cette liberté et cette cohabitation soient sacrifiées au nom de la sécurité, de la norme et de l’exclusion.

Ne nous laissons pas intimider. C’est aussi la réponse de Noël face à la peur et à la violence, face au massacre des innocents et aux contrôles obsédants. Noël porte une lumière d’espérance et de confiance à nos corps meurtris, au cœur de notre nuit et de notre désarroi. La réponse est bien sûr faite de fragilité et de faiblesse, mais elle nous invite à surmonter l’anonymat de la grande ville et à nous ouvrir, à parler, à partager et à témoigner là où nous le pouvons d’une solidarité et d’une proximité renouvelée.

 

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Source: Journal protestant français voir: @Réforme.net

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